08.08.2011

spleen

lnuages sombres dans le ciel, dark clouds in the sky, photo dominique houcmant, goldo graphisme
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Charles Baudelaire / Léo Ferré - Spleen
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Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Charles Baudelaire's
Les Fleurs du mal
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When the low, heavy sky weighs like a lid
On the groaning spirit, victim of long ennui,
And from the all-encircling horizon
Spreads over us a day gloomier than the night;
When the earth is changed into a humid dungeon,
In which Hope like a bat
Goes beating the walls with her timid wings
And knocking her head against the rotten ceiling;
When the rain stretching out its endless train
Imitates the bars of a vast prison
And a silent horde of loathsome spiders
Comes to spin their webs in the depths of our brains,
All at once the bells leap with rage
And hurl a frightful roar at heaven,
Even as wandering spirits with no country
Burst into a stubborn, whimpering cry.
— And without drums or music, long hearses
Pass by slowly in my soul; Hope, vanquished,
Weeps, and atrocious, despotic Anguish
On my bowed skull plants her black flag.
Charles Baudelaire, The Flowers of Evil (William Aggeler translation)

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16.10.2007

... murat ... charles et léo ...

Jean-Louis Murat, concert Francofolies Spa 2007, © photo dominique houcmant


... Jean-Louis Murat aux Francofolies de Spa 2007 ...
... sortie du nouvel album Charles et Léo ...
les textes de Baudelaire mis en musique par Léo Ferré et interprétés, avec une grande justesse, par Jean-Louis Murat
le CD est vendu avec un dvd, où Murat interpète dans un sublime dépouillement
(Denis Clavaizolle au piano et Morgane Imbeaud au choeurs) les compositions de l'album.
À voir en priorité !

lire aussi l'interview de Jean-Louis Murat par Isabelle Monnart dans la DH



... Jean-Louis Murat - La cloche fêlée (Baudelaire - Ferré) ...
II est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente!
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
II arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts.
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

15.09.2007

... élévation ...

le bord de l'étang, flore aquatique, photo dominique houcmant


... l'étang ...


... Charles Baudelaire - Elévation (les fleurs du mal) - dit par Jean-Louis Barrault ...
Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,
Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.
Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.
Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;
Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
-- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Elevation (The Flowers of Evil) - Charles Baudelaire | english translation by William Aggeler, 1954
Above the lakes, above the vales,
The mountains and the woods, the clouds, the seas,
Beyond the sun, beyond the ether,
Beyond the confines of the starry spheres,
My soul, you move with ease,
And like a strong swimmer in rapture in the wave
You wing your way blithely through boundless space
With virile joy unspeakable.
Fly far, far away from this baneful miasma
And purify yourself in the celestial air,
Drink the ethereal fire of those limpid regions
As you would the purest of heavenly nectars.
Beyond the vast sorrows and all the vexations
That weigh upon our lives and obscure our vision,
Happy is he who can with his vigorous wing
Soar up towards those fields luminous and serene,
He whose thoughts, like skylarks,
Toward the morning sky take flight
— Who hovers over life and understands with ease
The language of flowers and silent things!